une lisière

un jour tu tu t’arrête. c’est une lisière. une lisière une fente où se dresse un miroir. quelle différence. ta vie jusque là. et voilà où tu en es. c’est décidé et tu te retournes. en fait tu t’intéresses si peu à ce qui est derrière. toujours le même geste chaque fois. le passé de trop. tout ce qui n’a aucune chance au présent.

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je vis présentement une période de vide intérieur. intéressant. sans plus. moi qui me suis toujours fait un orgueil d’entretenir une espèce de monde, une odeur de salive sur les choses de mon quotidien, moi qui me suis toujours fait devoir de remâcher ce qui m’entoure, maladivement, jusqu’à le hisser aux différentes couches du rêve, qu’ai-je à présent? une fatigue? non. je dors. une désillusion? je me laisse encore bien du temps pour cela. du reste, il y a de la pose là-dedans. pas rendu là. non. qu’est-ce à dire.

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une heure moins quelques minutes. ou secondes, je ne sais plus. au bas de l’escalier roulant qui nous grimpe le long de la gorge, vers l’entrée métro novoslobodskaya, un jeune, début vingtaine, une face de dents, sourire épais, peau boutonneuse, pimpant dans la guérite des agentes babouchkas, pète un disque dance dans tous les vieux haut-parleurs de la remontée. en haut, quatre poupées africaines se font aboyer en russe blanc par la sécurité que le métro est déjà fermé.

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comment puis-je encore, à nouveau, sortir cette batterie de mots. comment… moi qui me suis fait imparable, moi qui me suis construit impossible à surprendre, à accrocher. comment cela peut-il être encore possible. premier réflexe logique : je suis inférieur. quelque chose m’empêche, empêche mon cerveau de refuser toutes les protestations du corps. et le corps pense-t-il. encore la même question. sommes nous… suis-je à ce point prisonnier d’une poignée de mots. prisonnier d’un lexique comme d’un quartier, d’une bande de marques jalouses, de quelques enseignes…

c’est peut-être là le vide. ces questions qui n’en finissent plus de me jeter dans l’avenir comme si quelque principe obligatoire requérait quelque évolution qui tout simplement ne s’est pas produite.

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