à nouveau Moscou. à nouveau, sans nouveau cette fois-ci. agréablement, (pour une raison qui peut échapper, sans qu’on sente nécessairement le besoin de savoir pourquoi, et c’est déjà de bon augure – non ?) sans grand nouveau. singulier sentiment en débarquant de l’avion en fait. comme si tout reprenait son cours, comme si rien ne s’était à vrai dire tu.
tout de même un émerveillement initial : ce rase-motte d’une bonne dizaine de minutes sur une étrange couche de ouatte. le soleil tapait fort. vraiment, et peu importe qu’on ait déjà lu ça 100 fois, la vue de cette immense mer de ouatte que l’on sent frôler la carlingue à une vitesse de voiture de campagne, cette espèce de mer sauvage, figée dans ses inquiétudes olympiennes à ving-cinq sous, tout blasé de beauté ressassée qu’on pourrait penser se piquer, ça agrippe quand même.
quelques lignes de plus et tu te prendrais à gentiment délirer sur la simplicité des racines d’un simple sourire naturel… mais tu as quand même sourit, quelque part derrière le visage.
puis, on descend dans cette moltonnerie irréelle, et les soubressauts de la caisse te ramènent presque abruptement à tes alertes premières, mêlées d’appréhensions depuis longtemps dénoncées et domptées, et aussi d’ivresses (ô les ivresses !)… elles aussi dénoncées et domptées mais s’étant méritées, bien sûr, elles, une bonne dose d’indulgence entendue.
— et vlan à derniers grand coups de self-indulgence dans tous ces croassements de corbeaux que tu laisses derrière toi… (oui, tu en entendais encore, alors, quelques-uns. et il n’est pas dit que tu ne les entendras pas de nouveau)
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un retour qui s’est fait avec la grâce d’une lettre à la poste, je dois dire. ce qui n’est pas sans rassurer – pour peu qu’on dusse l’être. une seule déception tout de même : air-pologne et son cortège de petites frustrations aussi banales que frustrantes. un long trajet obligatoirement rempli à l’origine de belles pensées romantiques entretenues tout au long du voyage par ces intonations bougonnes et bougonnement slaves (cet émerveillement tout de même de prêter l’oreille aux divers états de cette souche langagière littéralement mythique au sein de laquelle le russe – qui n’en est d’ailleurs pas un stage premier –, malgré les prétentions expensionnistes des dictateurs au cours de l’histoire, n’aura jamais atteint le statut de « lingua francua ») de vieillards grugés par la vie, qui n’aura fait qu’accumuler insomnies, inconforts et envies d’arriver ailleurs.
évidemment, à quoi s’attendre d’autre. tu découvres la pologne du système aérien. et comme dans chaque tourbillon du manège aéroportuaire international, la seule distraction possible consiste à détacher, de l’aménagement monotone et tellement mur à mur dans sa belle uniformisation de l’accueil de l’usager transitaire (« voyageur », ça fait pas un peu dépassé aujourd’hui?), les signes distinctifs qui pourraient nous ramener dans quelque village refoulé, dans la chaleur différente (nécessairement différente) d’une fratrie et de ses façons de liens, ou dans les inflexions anthropologiques et historiques qui ont façonné un peuple, ces inflexions que l’on voudrait tant croire inentamables…
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