avec quelques pages de moleskine

quelque deux mois plus tard, ça fait quand même un bail. entretemps, j’ai redécouvert le labeur de l’écriture cahier. quelle déception je suis devenu, un vulgaire stylo aux doigts. quelle amère défaite que de constater sa propre vulnérabilité devant l’écran de fibres végétales… qu’est-ce que l’informatique est donc venue faire dans mon existence… cette peur, je l’emporte avec moi, cependant. c’est de l’ordre de celles dont on se souvient. celles qui restent au fond de la gorge de cette trop souvent attroce capacité qu’a l’esprit de filtrer les événements. un vertige.

je me suis donc aussitôt rué vers Respublika, librairie originale sise sur Tverskaya, à quelques enjambées du Métro Maïakovskaya. en pensant (tout de même lucidement naïf): peut-on guérir de ce cancer moderne avec quelques pages de moleskine…

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refait la chronologie à partir des environs fin février… eh oui, c’est ça aussi, l’informatique…

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quand j’aime Foglia, il écrit comme ça

LES MATANTES

– J’ai trouvé plutôt drôle la campagne publicitaire des pogos. Pas subtile, c’est sûr. Écrire à côté d’un pogo dressé comme un pénis : je trippe ben raide, n’est pas très subtil. Ajouter c’est bon au boutte, n’était rien pour calmer les matantes qui se sont effectivement beaucoup agitées et finalement les pubs ont été retirées avec les excuses des publicitaires.

Qu’est-ce qu’un pogo? Une saucisse enrubannée de beaucoup de pâte, enfilée sur un bâton.

Qu’est-ce qu’une matante? Une saucisse enrubannée de beaucoup de pâte, enfilée sur rien du tout. Et c’est pour ça qu’elle est jalouse.

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mais je continue tout de même de penser: ce gars-là est quand même pas mal misogyne.

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service

le calver continue. non, je ne suis pas un martyr, mais je suis une ferme victime du service à la clientèle russe. service, vous dites? le concept n’est pas encore très développé. mais celui de faire de l’argent carbure en joualver. menotté donc, pour ainsi dire. j’ai plein de textes en banque… faudra trafiquer la temporalité… merde, quel rêve… une semaine, deux?

la première langue

terrible profondeur du réflexe de la langue première. en « situation » les langues de surface deviennent de vraies prisons, quelque chose de dur sur quoi l’âme se heurte, se cogne, comme un corps.

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Alex et Irina

Alexandre et Irina veulent un mois et un peu plus de français. un cours de base, intensif. prêts à payer. puis, il s’évadent pour la France, quelque ville dont j’ai oublié le nom.

au tout début, c’était seulement pour lui. je lui ai fait un prix pour lui. 2000 pour deux heures, deux fois par semaine. il a accepté tout de suite, puis a demandé pour que sa « femme » puisse prendre le cours avec lui. jeune couple dans la mi-vingtaine. sympathiques, mais il s’engueulent constamment, et cela ralentit la cadence. parce que cadence il y a. je ne compte plus les fois où ils se sont pris le front à deux main, en désespoir. je les tue. mais ils en redemandent. je dois bien tuer.

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à la fin du cours de ce soir, Irina me fait savoir qu’elle ne pourra pas assister au cours du samedi suivant. elle travaille ce jour-là. comme elle est moins bonne qu’Alex en anglais – Alex est bon en anglais – elle lui fait traduire les options qui se présentent. première option: Irina se ferait donner un cours à elle seule, hors de l’horaire convenu. d’emblée Alex rejette cette option: « of course, that is not an option. », fait-il, en passant aux deux autres… dont je ne me rappelle plus trop, du reste.

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aucune notion de français. on part à zéro. pour la première fois de ma carrière – bon, courte, mais tout de même – j’ai dû traduire « bonjour » en anglais et en russe.

et Pouchkine. où est Pouchkine…

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